Chaque année, Interfimo publie les chiffres de référence sur les prix de cession des officines. L'édition 2026 couvre les transactions de 2025 et repose sur 888 dossiers analysés, la base transactionnelle la plus large disponible en France sur ce marché. Ces chiffres structurent les négociations. Autant les lire correctement.
Un marché qui ralentit, mais pas pour les raisons qu'on croit
Avec 1 407 opérations en 2025 contre 1 442 en 2024, le marché de la cession officinale recule de 2,5 %. Mais le chiffre global cache une divergence forte : les cessions de fonds de commerce progressent de 9,5 %, tandis que les cessions de titres de société chutent de 16 %.
La raison tient à une mesure fiscale. L'annonce anticipée de la fin du dispositif d'amortissement des fonds commerciaux, applicable aux acquisitions entre 2022 et 2025, a poussé de nombreux acquéreurs à accélérer une cession de fonds avant la date limite. Ce dispositif a finalement été prorogé jusqu'au 31 décembre 2029, mais l'effet d'aubaine avait déjà eu lieu. La baisse des cessions de titres, elle, traduit un retrait partiel des groupements sur les grandes officines, dont les valorisations restent élevées dans ce format.
Pour les repreneurs en solo ou en binôme : les cessions de titres ne représentent plus que 43 % des transactions contre 47 % en 2024. Il y a mécaniquement moins de compétition sur les fonds de commerce de taille intermédiaire, qui sont justement la cible naturelle d'un primo-accédant.
L'environnement économique des officines : entre marge en hausse et rentabilité fragile
Pour bien interpréter les prix de cession, il faut d'abord comprendre ce qui se passe dans les comptes des officines. Le tableau est contrasté.
Le chiffre d'affaires continue de croître (+2,4 %)
La croissance du CA est portée par les médicaments chers (+10 % en valeur), la revalorisation des honoraires à l'ordonnance et le développement des nouvelles missions (vaccination notamment). La parapharmacie progresse en volume et en valeur. En revanche, les ventes de médicaments en volume reculent d'environ 2 %. Ce découplage entre valeur et volume est structurel.
La marge brute résiste (+2,9 %)
Sur dix ans, la marge brute a progressé de 27 points en base 100 (indice 127 en 2025 contre 100 en 2015). Sur cinq ans, la hausse dépasse 20 %. C'est inédit hors période Covid. Cette dynamique est également alimentée par la fermeture de nombreuses officines peu rentables, qui « libèrent » de la clientèle vers les officines survivantes.
L'EBE retraité se redresse, mais reste sous pression (+3,5 %)
Après deux années consécutives de baisse, l'EBE retraité repart à la hausse en 2025. Les tensions sur le marché de l'emploi se sont atténuées, notamment grâce aux fermetures. Mais d'importantes disparités subsistent entre officines : les grandes bénéficient pleinement de l'effet marge, les petites subissent toujours la compression des coûts fixes.
La rémunération des titulaires recule légèrement
La rémunération médiane des titulaires en SEL s'établit à 60 400 € nets en 2024 (−400 € par rapport à 2023). Plus d'un tiers des titulaires se rémunèrent en dessous de 50 000 €, tandis que 10 % perçoivent plus de 130 000 €. Cette dispersion croissante reflète le fossé grandissant entre grandes et petites officines.
Le ratio CA est mort : voici les indicateurs qui comptent vraiment
C'est l'un des enseignements majeurs de l'étude Interfimo 2026 : le prix de cession exprimé en pourcentage du chiffre d'affaires n'a plus de pertinence. La montée en puissance des médicaments chers, dont les marges sont très inférieures à celles des médicaments génériques ou de la parapharmacie, crée des distorsions considérables entre officines ayant le même CA mais des rentabilités très différentes.
Interfimo franchit une étape supplémentaire en 2025 : désormais, la taille d'une officine est définie par sa marge brute, et non plus par son chiffre d'affaires. Seuil retenu : 400 000 € de marge. En dessous, on parle de « petites officines » ; au-dessus, de « grandes officines ».
Deux indicateurs sont désormais recommandés. Le multiple de marge brute : simple, robuste, et directement ajusté à l'impact des produits chers. Et le multiple d'EBE retraité : plus précis, mais sensible au mode de calcul retenu : à travailler avec un expert-comptable spécialisé, pas à calculer seul sur un coin de table.
Les prix de cession en 2025 : les vrais chiffres
En multiple de marge brute
Pour les officines générant plus de 400 K€ de marge, le prix moyen s'établit à 2,68 fois la marge (contre 2,71 en 2024). 60 % des transactions se situent entre 2,33× et 3,08×.
| Tranche de marge | Multiple marge 2025 | Multiple marge 2024 |
|---|---|---|
| 400 K€ à 550 K€ | 2,40× | 2,44× |
| 550 K€ à 700 K€ | 2,65× | 2,74× |
| 700 K€ à 1 000 K€ | 2,84× | 2,83× |
| Plus de 1 000 K€ | 2,83× | 2,86× |
| Moins de 400 K€ (petites) | 1,88× | 1,90× |
Par type d'officine (>400 K€ de marge) : les pharmacies de centres commerciaux restent les mieux valorisées (2,83×), les officines de quartier les moins (2,63×), rurales et centre-ville autour de 2,66–2,71×.
En multiple d'EBE retraité
Paradoxe apparent : alors que les prix en multiple de marge baissent légèrement, les prix en multiple d'EBE retraité augmentent, passant de 7,1× à 7,4× en moyenne pour les officines >400 K€ de marge. Explication : l'EBE retraité a diminué (dénominateur plus faible), ce qui gonfle mécaniquement le coefficient. Ce n'est pas une hausse des prix absolus, c'est une dégradation de la rentabilité.
| Type d'officine (>400 K€ marge) | Multiple EBE 2025 | Multiple EBE 2024 |
|---|---|---|
| Pharmacies rurales | 6,7× | 6,7× |
| Pharmacies de quartier | 7,5× | 7,2× |
| Pharmacies de centre-ville | 7,5× | 7,5× |
| Pharmacies de centre commercial | 8,1× | 7,5× |
Pour les petites officines (<400 K€ de marge), le multiple EBE passe de 5,4× à 5,8×, pour les mêmes raisons : baisse de l'EBE plus rapide que baisse des prix. Les officines rurales de petite taille voient leur multiple EBE bondir de 5× à 6×, un signal fort de la spécificité de ce marché.
À retenir : un multiple d'EBE qui monte ne signifie pas que les officines sont plus chères en valeur absolue. Cela signifie que leur rentabilité s'est davantage dégradée que leur prix de vente. Pour un acheteur, c'est un signal d'alerte : vérifier impérativement l'évolution de l'EBE sur les 3 derniers exercices avant de s'aligner sur un multiple.
Les disparités régionales : où acheter coûte moins cher
Les prix varient significativement selon la région. En multiple de marge (>400 K€), la fourchette nationale s'étend de 2,34× (Bourgogne-Franche-Comté) à 2,88× (Bretagne). La Normandie est la région la mieux valorisée en multiple EBE (8,7× à Paris, mais attention à l'effet composition de l'échantillon).
En multiple d'EBE retraité, le Sud de la France reste attractif pour les cédants (prix élevés), tandis que la Bourgogne-Franche-Comté et la Corse affichent les valorisations les plus basses, et donc les conditions potentiellement les plus favorables pour un acquéreur.
Focus première installation : le profil du primo-accédant en 2025
C'est l'un des enseignements les plus utiles de l'étude pour comprendre qui vous concurrence sur le marché :
Plus d'un acheteur sur deux est en première installation. Ces primo-accédants sont majoritairement des femmes (56 %), ont en moyenne 35 ans, et empruntent en moyenne 1 363 000 €, soit 103 000 € de plus qu'en 2024. 70 % de leurs acquisitions portent sur des fonds de commerce (pas des titres), et 21 % ciblent des petites officines (<400 K€ de marge).
Ce profil dit plusieurs choses importantes. D'abord, la concurrence sur les cibles « accessibles » (fonds de commerce de taille intermédiaire) est très réelle. Ensuite, la capacité d'emprunt des primo-accédants progresse, ce qui soutient les prix dans ce segment.
Ce que ces chiffres changent dans l'approche d'une acquisition
Le coefficient de CA est mort. Interfimo le dit explicitement : ce ratio est désormais trompeur. Une officine à 2 M€ de CA peut valoir deux fois moins qu'une autre à 1,5 M€ si sa structure de ventes est différente, notamment si elle est chargée en médicaments chers à faible marge. Raisonner en multiple de marge, c'est le seul point de départ fiable. Une officine à 600 K€ de marge vaut en moyenne 2,65× = environ 1 590 K€ de fonds.
Sur le multiple d'EBE retraité, attention à l'interprétation. Un coefficient de 9× ou 10× n'est pas forcément déraisonnable si l'EBE est temporairement comprimé, mais il faut le normaliser sur trois exercices, pas calculer à partir du dernier bilan. C'est souvent là que les dossiers se bloquent ou que les mauvaises surprises arrivent.
Sur le financement : les banques financent des reprises significatives, 1 363 K€ d'emprunt moyen pour les primo-accédants en 2025. Mais les conditions se durcissent sur les dossiers hors norme, et les refus bancaires, rares jusqu'ici, commencent à réapparaître selon les experts-comptables du secteur.
Et surtout : arriver en contact avec le cédant avant que son officine soit sur le marché reste le seul vrai avantage compétitif. Quand un dossier apparaît dans un réseau de cession avec 53 % des acheteurs actifs en première installation, la négociation est déjà ouverte à la concurrence.
MapOfficine croise l'âge des titulaires, la taille estimée des officines et leur localisation sur l'ensemble du territoire national pour identifier les cibles correspondant à votre zone et à votre critère de marge, avant qu'elles n'arrivent sur le marché.
Trouvez vos cibles avant qu'elles soient sur le marché
Filtrez par marge estimée, ancienneté du titulaire et localisation sur la carte nationale des 20 000+ officines françaises.
Accéder à la carte →Source : Interfimo — Prix de cession des pharmacies en 2025, Étude 2026. Analyse de 888 transactions de fonds d'officine et de titres de société. Les données de rémunération portent sur 633 bilans 2024. Tous droits réservés Interfimo, reproduction soumise à autorisation préalable.