Au 1er janvier 2025, 260 officines ont fermé leurs portes en France. Une seule a ouvert. Ce chiffre, publié par le Conseil National de l'Ordre des Pharmaciens (CNOP) dans son rapport démographique annuel de juillet 2025, résume à lui seul l'état du réseau officinal : une contraction lente, régulière, et de plus en plus difficile à inverser.
Plus de pharmaciens, moins d'officines
La première chose qui frappe dans les données CNOP 2025, c'est que la profession grossit, et que le réseau se réduit en même temps. 75 080 pharmaciens sont inscrits à l'Ordre, niveau le plus haut depuis dix ans, en hausse de 1,2 % sur un an. Mais les officines ouvertes ne sont plus que 20 242.
L'explication tient à la structure de la profession. La croissance des effectifs est portée par les adjoints et les pharmaciens hospitaliers, tous salariés. Les titulaires d'officine, eux, reculent pour la deuxième année consécutive : −1,3 % en 2024. Sur dix ans, la section des titulaires a perdu plus d'un dixième de ses effectifs. La profession se recompose, avec de moins en moins d'exercice libéral et de plus en plus d'exercice salarié.
260 fermetures, 1 ouverture. Ce ratio est le reflet direct du vieillissement des titulaires et de la difficulté croissante à trouver des repreneurs dans certains territoires. Pour les pharmaciens qui cherchent à s'installer, c'est paradoxalement une bonne nouvelle : le stock d'officines à céder grossit chaque année.
Les titulaires : ce que dit vraiment la pyramide des âges
La section A de l'Ordre, celle des pharmaciens titulaires d'officine, représente 32,3 % des pharmaciens en exercice, deuxième section après les adjoints (section D, 39,6 %). C'est aussi la section dont les effectifs fondent le plus vite.
L'âge moyen des titulaires s'établit à 49,1 ans au 1er janvier 2025, contre 50,2 ans en 2014. Ce léger rajeunissement est réel, mais il ne dit pas tout. Plus utile à connaître : 1 550 titulaires ont plus de 66 ans, soit 6,4 % de l'effectif, au-delà de l'âge légal de départ à la retraite. Ils continuent à exercer faute de repreneur identifié, ou parce que les conditions de cession ne sont pas encore au niveau attendu.
Ces titulaires représentent autant d'officines sur le point de changer de main. Beaucoup sont déjà en recherche active, souvent sans l'avoir formalisé. Ce sont précisément ces situations que les données démographiques permettent d'anticiper.
Pourquoi les officines ferment plutôt que de trouver preneur
Une fermeture résulte rarement d'un choix. Elle arrive quand les alternatives ont été épuisées : quand le titulaire n'a pas trouvé preneur après des mois de recherche, quand le prix de cession ne trouve pas d'acquéreur capable de le financer, ou quand l'officine est trop petite pour que l'installation soit viable après service de la dette.
Les zones rurales concentrent une part disproportionnée de ces situations. L'isolement géographique dissuade les jeunes diplômés, le chiffre d'affaires est souvent faible, et la banque finance difficilement un dossier où le prévisionnel est sous tension dès le départ. Résultat : une officine qui a nourri une famille pendant trente ans ferme faute de successeur, et le territoire perd son dernier point de santé de proximité.
L'autre facteur souvent sous-estimé, c'est le timing. Beaucoup de titulaires n'entament leur recherche de repreneur que trop tard, parfois à 68 ou 70 ans, avec un dossier incomplet et une urgence qui réduit la marge de négociation. À ce stade, trouver un acquéreur qualifié en quelques mois relève parfois de l'exploit.
Une dynamique jeune qui ne compense pas les départs
Le rapport CNOP 2025 note un renouveau démographique à la base de la pyramide : près d'un pharmacien sur quatre (23 %) a moins de 35 ans, et c'est la deuxième année consécutive de hausse des nouvelles inscriptions. Les nouvelles missions (vaccination, dépistage, téléconsultation) redonnent de l'attrait à la profession.
Mais ce flux entrant se dirige majoritairement vers l'exercice salarié, pas vers la reprise d'officines. S'installer comme titulaire exige 200 000 à 400 000 € de fonds propres en moyenne, une appétence pour la gestion d'entreprise, et l'acceptation d'un risque financier qui n'est plus automatiquement perçu comme raisonnable par une génération qui a vu ses aînés se battre contre des marges en compression depuis dix ans.
Il y a donc de plus en plus de pharmaciens, mais pas davantage de candidats à la reprise. Ce déséquilibre avantage structurellement ceux qui se positionnent tôt et savent quelles cibles cibler.
Ce que révèle la géographie des fermetures
Les 260 fermetures de 2024 ne se répartissent pas aléatoirement sur le territoire. Elles se concentrent là où la double contrainte est la plus forte : titulaires vieillissants, peu d'attractivité pour les repreneurs. Le centre de la France, le Massif Central, certaines zones de l'Ouest et du Sud-Ouest sont particulièrement touchés. Les petites villes dont le tissu économique s'est fragilisé aussi : moins de clientèle, moins de chiffre d'affaires, moins de candidats à la reprise.
Les métropoles et leurs périphéries présentent une concurrence plus vive entre acquéreurs, avec des valorisations plus élevées. Ce sont deux marchés presque distincts, avec des logiques de financement et de risque différentes.
Les officines les plus accessibles pour un premier achat, en prix comme en faisabilité de financement, se trouvent souvent là où le vieillissement des titulaires est le plus marqué. Ce sont ces zones que MapOfficine permet d'identifier à l'échelle nationale, en croisant données d'âge, taille d'officine et localisation.
Anticiper plutôt que réagir
Une cession officinale bien préparée se construit 12 à 24 mois à l'avance, côté cédant comme côté acquéreur. Les officines qui seront sur le marché dans 18 mois sont, pour beaucoup, déjà identifiables aujourd'hui à partir des données publiques : âge du titulaire, ancienneté d'installation, taille de l'officine.
Attendre qu'une officine apparaisse dans un réseau de cession, c'est déjà perdre l'avantage. À ce stade, le dossier est accessible à des dizaines de candidats. La valeur d'un contact pris six mois ou un an avant la mise sur le marché est considérable : sur le prix, sur les conditions de reprise, et sur la qualité de la transition.
Les données CNOP 2025 dessinent un marché qui va continuer à se contracter. Pour un repreneur qui sait où chercher, c'est un marché d'opportunités. Les fermetures qui auraient pu être des cessions en sont la preuve par l'absurde : il y a de la valeur à libérer, des situations qui méritent un repreneur motivé, et des territoires qui ont besoin d'une présence officinale. La question, c'est qui s'y positionne, et à quel moment.
Identifiez les officines à reprendre dans votre zone
Croisez l'âge des titulaires, la taille des officines et leur localisation sur une carte nationale. Repérez les opportunités avant qu'elles soient sur le marché.
Accéder à la carte →Source principale : CNOP — Démographie pharmaceutique : les grandes tendances au 1er janvier 2025, Tous Pharmaciens ! La Revue n°28, juillet 2025. Données complémentaires : panorama démographique CNOP, juin 2025.